Avec Ace Combat 8: Wings of Theve, la série revient après sept ans d’absence avec un programme tout à fait alléchant : des combats aériens dantesques, des avions rutilants, une bande-son du tonnerre, des explosions spectaculaires et un environnement à couper le souffle. Sur le papier, tous les ingrédients semblent réunis pour nous faire décoller, mais une fois manette en main, la promesse tient-elle la distance ? Entre sensation de vol, plaisir des affrontements et ambition narrative, que vaut réellement ce nouvel épisode ?
Il y a quelque chose d’assez ridicule dans le désir de voler. L’être humain, après des millénaires passés à essayer de comprendre le monde depuis le sol, a fini par inventer des machines capables de franchir le mur du son. Et qu’en fait-il ? Il s’en sert pour se tirer dessus à plusieurs milliers de mètres d’altitude. Une drôle de manière de prendre de la hauteur. Depuis trente ans, Ace Combat nous propose de prendre les commandes d’avions de chasse pour transformer cette absurdité en spectacle ludique et amusant. Entre simulation aéronautique et arcade décomplexée, la série de Bandai Namco a toujours entretenu une relation particulière avec le ciel, devenu au fil des épisodes un véritable vecteur d’histoire et d’émotion. Ace Combat transforme les combats aériens en récits ou l’héroïsme côtoie la tragédie, où les victoires ont un prix et où les pilotes sont confrontés aux conséquences de leurs actes. Derrière la beauté des avions et la poésie des nuages se dessine ainsi une mémoire de la guerre : tiraillée entre la fascination pour la puissance militaire et la conscience de sa capacité destructrice. En donnant vie à des personnages, des nations fictives et des conflits de haute intensité. Ainsi, Ace Combat a progressivement construit une identité forte où l’histoire est tout aussi importante que le gameplay.
Le fantôme dans le cockpit
L’histoire se déroule dix ans après les événements de Ace Combat 7 : Skies Unknown, Alors que le monde semblait avoir tourné la page, un nouveau conflit éclate et vient une nouvelle fois bouleverser l’équilibre géopolitique de Strangereal.
La Fédération Centrale d’Usea (FCU) fragilisée par les conflits précédents subit une attaque dévastatrice contre sa propre capitale Theve, menée par la République de Sotoa, dans un contexte de tensions exacerbées par une crise environnementale. Alors que la désertification et le manque de ressources fragilisent l’équilibre de la région, Sotoa lance une offensive qui prend la FCU de court. Son armée est en déroute et le pays se retrouve au bord de l’effondrement.
C’est dans ce contexte que le joueur incarne un pilote recueilli en mer et embarqué à bord de l’Endurance, un vieux porte-avions devenu le refuge pour les derniers éléments de la marine de la FCU et de nombreux civils contraints de fuir les combats. Alors que le pays sombre peu à peu dans le chaos, ce navire devient un des derniers havres de survie pour une armée en déroute et une population meurtrie par la guerre.
Au cœur de ce désastre subsiste pourtant une figure presque mythique : les Wings of Theve, un as de l’aviation dont la réputation dépasse les simples exploits militaires. Sa mort aurait pu marquer la fin de la légende, mais le récit en décida autrement. En reprenant son escadrille, le joueur hérite également de cette aura mystérieuse, comme si quelque chose de l’ancien pilote continuait de planer au-dessus des combats. La légende se transforme alors en une présence presque fantomatique, entre mémoire d’un héros disparu et espoir d’une nation qui refuse de s’éteindre.
Le ciel devient ainsi le lieu où les morts semblent encore accompagner les vivants, ainsi que la frontière entre l’homme, le mythe et le fantôme qui se fait de plus en plus ténue.
Une mise en scène qui en met plein la vue
Visuellement, Ace Combat 8 franchit un nouveau palier. Le travail réalisé sur les environnements atmosphériques est particulièrement remarquable. Les nuages ne sont plus de simples éléments du décor, mais de véritables volumes que l’on traverse, qui masquent le champ de bataille et laissent parfois filtrer la lumière du soleil. Tous ces éléments participent à cette sensation de voler dans un environnement vivant capable de modifier aussi bien notre perception du paysage que notre manière d’aborder un affrontement.
Mais leur beauté ne repose pas uniquement sur un réalisme technique. Elle tient aussi à la manière dont le jeu les met en scène. Passer d’une couche de nuages épaisse à un ciel dégagé, apercevoir une ville dévastée depuis plusieurs milliers de mètres d’altitude ou voir le soleil se refléter sur les ailes de son appareil sont autant de moments qui invitent à ralentir, presque à oublier la guerre qui se déroule autour de nous. Évidemment, cette contemplation ne dure jamais très longtemps : un signal d’alerte suffit généralement à nous rappeler que nous sommes venus pour autre chose que regarder la météo.
Les combats exploitent parfaitement cette dimension spectaculaire. Les avions se croisent à des vitesses vertigineuses, leurs traînées et missiles dessinent des hiéroglyphes dans le ciel ; si on ajoute à cela les explosions époustouflantes cela donne aux affrontements une ampleur Mickael Bayesque. Le chaos ambiant est aussi renforcé grâce aux destructions de certains éléments du décor. Le jeu cherche constamment à donner de l’ampleur à nos actions, jusqu’à faire de chaque victoire une petite scène de cinéma.
Cependant, réduire le spectacle d’Ace Combat 8 à ses qualités graphiques serait passer à côté d’une partie essentielle de son efficacité. Depuis ses débuts, la série entretient une relation particulière avec la Musique, capable de transformer un simple affrontement aérien en véritable montée d’adrénaline. Ce nouvel épisode poursuit cette tradition en mêlant envolées orchestrales, morceaux rock et compositions plus solennelles. La musique ne sert pas seulement à accompagner l’action : elle lui donne son rythme, son intensité et parfois même sa dimension héroïque.
Le travail sur les effets sonores joue un rôle tout aussi important. Le grondement des réacteurs, les alertes du cockpit, les communications radio, le sifflement des missiles et le fracas des explosions composent un paysage sonore dense, qui contribue à rendre les combats immédiatement lisibles et physiquement impressionnants. Le passage du mur du son, notamment, est souligné par une détonation qui donne du poids à cette sensation de vitesse. Chaque bruit vient rappeler la puissance des machines que nous pilotons, mais aussi la violence des affrontements auxquels elles prennent part.
C’est finalement dans cette rencontre entre l’image et le son que Ace Combat 8 trouve une nouvelle fois sa plus grande force. La musique donne une dimension émotionnelle aux affrontements, tandis que les effets sonores leur confèrent une présence immédiate. Les images transforment cette combinaison en spectacle grandiose, qui saura rappeler l’œuvre du regretté Tony Scott, Top Gun, avec des reprises de certains codes visuelles et musicaux (ndlr : Les plans de caméras par exemple). Mais contrairement à l’œuvre cinématographique, nous ne sommes pas seulement spectateurs de ces scènes, nous en déterminons le déroulement, nous prenons les risques et nous provoquons les explosions.
La mise en scène nous donne vraiment l’impression d’être un as de l’aviation, tandis que la manette nous laisse le plaisir d’en être réellement l’acteur.
C’est peut être là que réside toute la réussite en matière de mise en scène de Ace Combat 8. Derrière ces avions rudement bien modélisés, ses nuages somptueux et ses envolées musicales, le jeu brille par une justesse et un contrôle agréable de ce que l’on voit et ce que l’on entend. Mais tout cela est bien beau, mais qu’en est t’il du jeu en lui-même ?
Ammunition Zero ! Pull Up ! Pull Up !
Si Ace Combat 8: Wings of Theve reprend les bases du gameplay de Skies Unknown, il apporte quelques ajustements intéressants à la formule. Dès les premières minutes, le pilotage se distingue du septième épisode par une sensation d’inertie plus marquée. Les appareils semblent davantage peser dans leurs mouvements, ce qui donne aux manœuvres une certaine consistance sans nuire au plaisir de jeu. Cette approche renforce le sentiment de diriger des machines lancées à pleine vitesse, tout en conservant l’accessibilité et la nervosité qui font le charme de la série.
Les changements ne s’arrêtent pas aux sensations de vol. Depuis Ace Combat The Belkan War, le contrôle de l’escouade fait également son retour, redonnant une dimension tactique aux affrontements. On ne se contente plus d’enchaîner les cibles individuellement : il devient possible de coordonner les actions de ses équipiers et de donner davantage de poids à la dimension collective des combats. Cette mécanique renforce l’impression d’incarner un pilote au sein d’une véritable unité, plutôt qu’un as solitaire chargé de régler à lui seul tous les problèmes du champ de bataille.
L’arsenal bénéficie lui aussi d’une évolution bienvenue. Là où les précédents épisodes nous limitent à une seule arme spéciale, Wings of Theve permet désormais d’en embarquer deux. Ce changement élargit les possibilités de personnalisation et offre davantage de liberté dans la préparation des missions. Il devient ainsi possible de combiner différents types d’armement pour mieux répondre aux objectifs rencontrés. Cette nouveauté encourage à réfléchir à son équipement avant le décollage, sans pour autant alourdir inutilement la prise en main.
Missile Alert !
Hélas les performances techniques se montrent parfois moins convaincantes. Sur PS5 et Xbox Series X, deux modes sont proposés; un mode privilégiant la qualité graphique à 30 FPS et un mode performance visant les 60 FPS au prix d’une perte notable de qualité visuel, avec des artefacts d’upscaling et des contours irréguliers sur des éléments éloignés.
Sur PC, les exigences matérielles sont également assez élevées. 32 Go de Mémoire vive avec un SSD et une carte graphique puissante sont largement recommandés, ce qui risque de restreindre l’accès au jeu à beaucoup de monde. Personnellement ayant testé le jeu sur ordinateur, je n’ai pas rencontré de difficulté avec ma configuration actuelle, mais ce ne sera pas le cas de tout le monde hélas.
Au final, Ace Combat 8 propose une véritable évolution graphique, mais celle-ci s’accompagne de quelques compromis techniques.
Toujours la tête dans les nuages !
Ace Combat 8 : Wings of Theve est un épisode très solide, puissant et agréable, il ne cherche pas à réinventer sa formule si efficace, mais plutôt à la perfectionner. Si certains choix peuvent sembler prudents, je dois reconnaître que le jeu à réussi à me rappeler pourquoi j’aime autant cette série de jeux. Entre ses combats aériens intenses, ses missions pleines de rebondissements, ses personnages attachants et sa mise en scène spectaculaire, Wings of Theve m’a offert des moments que je n’oublierai pas de sitôt. Dès l’introduction, j’ai ressenti cette excitation particulière que seuls certains jeux parviennent à provoquer, jusqu’à en avoir la chair de poule.
Certes la formule est bien rodée mais elle manque quand même de quelques modèles d’avion que j’aurais aimé retrouver. Cela dit, ce n’est que du pinaillage, car le jeu offre tout de même un gameplay intéressant et surtout amusant. Je regrette également de ne pas avoir pu tester le mode multijoueur, qui aurait permis de compléter ce bilan et de voir comment les sensations de vol se traduisent dans des affrontements contre d’autres joueurs. Vous devrez malheureusement vous contenter d’un avis centré sur l’expérience solo.
C’est peut-être là que réside le véritable succès de la série Ace Combat. Au-delà de ses avions, de ses missiles et de ses explosions, la série possède ce talent rare de transformer un affrontement aérien en une expérience profondément émotionnelle. Le temps de quelques heures, l’enchevêtrement de paysages, de musiques aux événements et dialogues radio (ndlr : disponible en VF) ponctuant les missions, finissent par tisser la toile d’une aventure qui nous donne envie de croire que le ciel nous appartient.
Finalement, même munie d’ailes, l’humanité n’a toujours pas trouvé plus intelligent à faire que de faire pleuvoir la mort et la destruction à plusieurs milliers de mètres d’altitude. Mais lorsque le soleil se lève sur l’horizon, que les moteurs rugissent et que la bande-son décolle, je dois bien l’admettre : je suis toujours aussi heureux de remonter dans le cockpit.
Je remercie Bandai Namco, pour avoir fourni le jeu pour accomplir ce test.
Testé sur PC avec la config suivante :
AMD RADEON RX 9070 XT
AMD RYZEN 7 7800X3D
32 Go RAM DDR5
