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Jeu de rôle, si on jouait ?

J’ai longtemps roulé ma bosse dans le milieu, du début des années 90 au début des années 2010. Après un long moment de réflexion, 5 ans pour les deux du fonds, j’ai décidé d’y revenir, mais à ma manière. C’est celle-ci que je voudrais vous présenter ici. Le loisir a beaucoup changé, certains veulent nous faire changer de point vu artificiellement sur celui-ci, notre motivation est de vous faire réfléchir par vous-même à ce média.

Dit tonton, c’était comment avant ?

Le moment où j’ai débuté, dans les années 90, c’était assez simple, il y avait moult titres, les éditeurs étaient légion et la foule de joueurs semblait intarissable. Imaginez que l’on en trouvait sur les étagères de la Fnac, d’ailleurs on y vendait même des PcEngine, c’est dire qu’il fallait vivre à cette époque !

Il existait un club dans chaque établissement scolaire, dans chaque Mairie et il y avait forcément un cercle de joueurs parmi vos amis. C’était vraiment simple d’en trouver, la plupart des jeunes de moins de 30 ans en avaient au moins entendu parler et étaient curieux d’y jouer. Après tout, Spielberg, le nerd n°1 d’Hollywood l’avait illustré en ouverture d’un de ses plus grands blockbusters E.T. À la télévision nous avions vu « le sourire du dragon » l’adaptation animée du jeu de rôle historique : Donjons et Dragons. Bien sûr on n’oubliera pas les jeux vidéo, avec de nombreuses adaptations, mais aussi tout un genre vidéo ludique qui s’inspira de tout ce qui se faisait sur table et nous donna des perles comme Ultima, Dungeon Master ou Eye of the Beholder.

Il n’était pas rare de lancer des parties au débotté, autour d’un verre ou au détour d’une discussion pendant la pause-café. On jouait partout, durant les récréations, dans la salle de permanence, dans les bars, au cinéma, dans les parcs, dans les bibliothèques, dans sa chambre, dans les toilettes publiques… Il m’était même arrivé de jouer dans le parking de TF1 pour une longue série de scénario d’Earthdawn (1).

On jouait à Star Wars(2), Donjons et Dragon(3), Vampire la mascarade (4) ou a Rêve de Dragon(5)… Des jeux de rôle qui ont fait rêver des générations de joueurs autour d’univers solide, aux gammes de livres étendues et à la narration sans faille. Les jeux sortaient sous la forme de gammes, le livre de base présentait tout ce qu’il y avait à savoir et toute une série de suppléments détaillaient certains points des univers ou des règles. On avait même nos stars : Gary Gigax (6), Mark Rein*hagen (7), Croc (8)… ils étaient les Georges Lucas, Scorcese ou Paul Verhoeven du jeu de rôle. L’évocation de leurs noms faisait vendre du papier et rêver les lecteurs.

Dans le corps même du hobby, on était passé d’un loisir qui à ses débuts pouvait avoir besoin d’une calculatrice pour jouer à un jeu plus narratif. S’ouvrant ainsi à un public plus large, qui était à la recherche d’expériences plus simples et plus immersives.

Plus tard, on n’a pas hésité à qualifier cette période d’Âge d’Or du jeu de rôle. Une période faste, où l’on pouvait jouer simplement ou même trouver un travail dans le secteur, qui à cette époque donnait beaucoup d’opportunités aux auteurs de talent.  

Le temps de la mutation

Rapidement, on a vu planer des nuages noirs (9), la presse s’en prenait de plus en plus à ce nouveau passe-temps, accusant les rôlistes de sectarisme ou pire de satanisme. Les amalgames étaient le plus souvent douteux ; le maitre de jeu était le gourou et les joueurs les victimes d’endoctrinement. Or, si les liens entre jeux de rôle et les accusés étaient imaginaires, les crimes, eux, étaient bien réels.

En voulant vendre du papier, la presse tire rapidement des conclusions en cherchant des coupables faciles, qui rassurent un lectorat quinquagénaire incapable d’en comprendre les enjeux. Pire, ils étaient incapables de se souvenir que dans leur jeunesse, cette même presse à qui ils accordent tant de crédit les avait lynchés pour avoir écouté du rock, cette musique satanique incitant au suicide.

De base fragile par la jeunesse du loisir, le nombre de pratiquants n’a eu de cesse de baisser, jusqu’à devenir une distraction confidentielle. Je n’ai pas besoin de vous montrer de chiffres tant c’était palpable. Surtout en arrivant au début des années 2000, où les associations se dépeuplaient à vue d’œil. Il sera difficile de quantifier clairement cette perte tant le recensement est absent dans ce divertissement. Au mieux nous avons eu deux sondages qui ont été largement suivis par la communauté et au pire les estimations provenant de la TV du milieu des années 90 qui estimait les joueurs a plusieurs centaines de milliers pratiquants.

Une belle collection

Pourtant, au début des années 2000, on a encore vu quelques jeux qui ont su attirer un large public. On pourra citer Exalted (10), qui fût celui qui voulait faire la synthèse entre le monde de l’animation, du jeu vidéo et du jeu de rôle. Un pari osé et presque réussi !  On vous citera aussi le renouveau de grands anciens, Donjons et dragons ou l’Appel de Cthulhu (11) qui était revenu avec de nouvelles éditions qui ont rajeuni des licences qui en avaient bien besoin. D’ailleurs, elles ont perduré avec le temps et sont encore beaucoup jouées.

Le loisir n’était quasiment plus rentable pour les grands éditeurs, ils ont fini par changer de production ou pire : fermer leurs portes. Remplacé par des maisons d’édition plus petites voire même des éditions à compte d’auteur. Mis à part quelques grands ténors, comme Shadowrun (12), DnD ou Cthulhu. La production s’est énormément éparpillée et on a vu émerger beaucoup de jeux expérimentaux ou d’autres dit « apéro ». Les jeux à gammes sont presque morts, et ceux qui survivent le font à coup de financement participatif.

Jouer l’avenir !

Après toutes ces années de vaches maigres, ce plaisir d’un autre temps refait enfin surface. Grâce des émissions comme Aventure de JDG et Mahyar Shakeri ou Game of Rôles de FibreTigre, le loisir est revenu sur les lèvres de beaucoup de jeunes. Ils en connaissent la définition et ont une grande envie de le pratiquer. Si le manque d’infrastructures comme les associations se fait sentir, on peut le pratiquer sous une forme plus moderne avec les outils internet. D’ailleurs pour ce qui est des livres, ils sont toujours là, contrairement aux jeux vidéo, ils n’ont pas tous connu une grande inflation et certaines productions modernes sont de très grande qualité. Et si vous ne trouvez pas votre bonheur de manière imprimé, vous pouvez retrouver quasiment tous les titres de l’époque au format PDF sur Drivethrurpg.

On est clairement aux portes d’un renouveau du loisir, mais les anciens doivent se mettre en marche pour montrer ce qui est possible de faire et comment le mettre en œuvre. Chez Gwak.fr, vous le savez, on n’a pas la prétention de tout connaitre, mais nous voulons le plus possible transmettre la passion. Aujourd’hui, on vous présente le projet, demain on vous donnera les armes, pour forger vos propres expériences. Car quoiqu’on vous dise : que c’était mieux avant, ou que les productions actuelles sont de bien meilleure qualité que les productions commerciales que j’ai connu. Le plus important est votre expérience, celle que vous vous êtes battit et celle que vous vous ferez.   

Références

1 Jeu publié par Fasa Corporation, dépeignant la préhistoire de l’humanité et surtout le passé du monde de shadowrun (10).

2 Star Wars, avait été adapté à l’époque  par la société West End Games, grâce à son système simple pour l’époque, mais qui s’avérait aussi très déséquilibré.

3 Certainement le premier jeu de rôle, il est plus joué dans le monde et bénéficie encore aujourd’hui d’un suivit assidu.

4 Une œuvre de Mark Rein*hagen, qui marqua son époque par son approche très théâtrale du hobby.

5 Jeu français dans lequel on joue des personnages prisonniers des rêves d’un dragon. Un des premiers univers à aborder l’absurde dans les récits.

6 Un des pères du jeu de rôle, il participa entre autres à Donjons et Dragons

7 Créateur de la gamme, « Monde des ténèbres » dont est issu le jeu Vampire la mascarade

8 Certainement l’auteur français le plus prolifique de l’époque, il participa entre autres à INS/MV, certainement le plus grand succès francophone.

9 http://www.info-sectes.org/roles/

10 Par le même éditeur que le Monde des ténèbres, il en dépeint les premiers âges où les dieux marchaient sur terre.  

11 Un des plus grands succès éditoriaux de l’époque, il se base sur les œuvres de HP Lovecraft pour en faire un des meilleurs jeux à ambiance horreur des années 80 à nos jours.

12 Univers mélangeant les genres cyberpunk et fantasy. Il mêle habilement la technologie et la magie.

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Dataripper

Rédacteur en chef à ses heures, ce maitre rôliste 3e Dan distille la bienveillance nécessaire au bien-être du groupe. Jamais avare d’un bon mot, il dégaine sa plume.

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4 commentaires

  1. Super article, je m’attendais pas a ça pour être franc sur Gwak.fr mais c’est vraiment cool et super bien bossé, bravo Dataripper!

  2. C’est drôle de voir ce cycle qui touche à chaque fois une passion populaire naissante, le JDR comme tu le dis dans ton article mais ça a autant toucher, a des mesures différentes, par la suite la japanimation ou encore le jeu vidéo et surement même des choses encore plus anciennes. Certains arrivent a s’en sortir mieux que d’autres, je regrette vraiment cette traversée du désert pour le Jeu de rôle, moi je m’y suis mis sur le tard avec du D&D et Cthulu. Le même problème que surement beaucoup d’autres personnes de ma génération ( Début 90 ), n’avoir personnes de son entourage qui en pratique ou même juste, on un avis négatif sur la pratique. En tout cas, bon article, avoir le point de vue d’un vieux d’la vieille est intéressant. J’espère en voir d’autres dans ce genre, sur d’autres aspects du JDR.

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