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Polymanga : Un festival pas comme les autres

Il existe des manifestations qui n’ont pas l’écho qu’elles méritent dans l’hexagone et le festival Polymanga en fait partit. C’est pour cela que Gwak.fr est parti à sa découverte cette année, afin de vous ramener de quoi vous donner envie de vous y rendre l’année prochaine.

Le festival se déroule à Montreux en Suisse dans un des hauts lieux mondiaux du Jazz : le centre 2M2C. Tous les ans à Pâques et cela depuis maintenant 15 ans le festival nous ouvre ses portes et n’a pas cessé de s’agrandir. Cette année encore, la fréquentation a quasiment atteint les 41 000 visiteurs sur les 4 jours. Pourtant, cela reste encore assez local, avec seulement 10% de visiteurs français et 2 médias hexagonaux, dont Gwak.fr. Toutefois, ce festival mérite toute votre attention.

Imagine

La première chose que l’on remarque, c’est l’environnement, le paysage est à couper le souffle. Les images qui accompagnent cet article peuvent l’attester, la ville a une atmosphère magique. Perchée au milieu des Alpes helvètes, coincée entre le lac Léman et les montagnes. D’ailleurs ce week-end nous avons eu un climat particulièrement clément, avec un magnifique soleil la plupart du temps.

Puis on arrive en vue du centre 2M2C, si vous y êtes suffisamment tôt il est évident que les files d’attente semblent particulièrement longues. Mais l’organisation combat ce désagrément depuis maintenant quelques années et c’est devenu assez supportable, d’autant que si vous prenez un passe 4 jours vous ne ferez cette queue qu’une seule fois. Si vous venez de loin ce sera d’ailleurs la meilleure chose à faire, il serait dommage de faire 8 heures de voyage allé/retour, pour repartir le soir même d’autant qu’il y a pas mal de choses à y faire.

La première sera d’ailleurs de compter le nombre de pyjamas dans la file, les Pikachus ou alors les freehugers. Ils sont toujours là, plus nombreux que jamais, mention spéciale aux freehugers que je n’ai jamais vu dans une telle concentration. Mais le nouveau type de festivalier qui pourra vous horripiler est le porteur d’enceinte connecté, on ne le reconnait pas, on l’entend.

FreeeeeeeeeeeeeeeeeHugs

Une fois que vous avez pénétré dans les lieux, ce qui vous sautera surtout aux yeux est que l’on arrive à circuler sans se marcher dessus ; en plus de cela l’air est respirable et frais. Il n’y a pas à dire, on est loin des entrepôts où l’on vous interdit de sortir, en parlant de ça le festival s’est ouvert au reste de la ville avec des expositions au centre commercial et des conférences/croisières sur un bateau spécialement affrété pour l’occasion.  

L’organisation a vraiment mis les petits plats dans les grands pour nous accueillir, mais ce ne serait rien sans les activités ou les boutiques, qui  chose appréciable sont garanti sans aucune contrefaçon.

Il y avait même des Gunpla !

Si vous étiez venu ce week-end, vous auriez pu au détour de l’étage jeux vidéo, participer à un tournoi Super Smash Bros ou tenter de gagner à l’original tournoi de dance Fortnite. On pouvait aussi s’essayer à Days Gone sur le stand Sony, mais la démo mise à disposition n’était guère intéressante et surtout ultra limitée. Les invités n’étaient pas en reste, avec les habituelles Youtubers, comme la bande à JDG, le Rire Jaune ou encore Benzai. Vous auriez pu aussi participer aux concerts exclusifs de Haru le chanteur de Bleach ou de Hiroshi Katadani le chanteur de One Piece. Si les cosplays vous intéressent, sachez que tous les ans le festival y organise un prestigieux tournoi international qui réunit la crème des cosplayers du monde. 

Conférence de Mr Akihiko Yoshida

Je n’ai pas envie d’être exhaustifs sur les activités, il y a eu vraiment beaucoup et je n’ai pas envie que cela se transforme en longue liste. Vous l’aurez compris, Polymanga était vraiment l’endroit où aller pour Pâques et non seulement si vous êtes Suisse.

Par contre, il est vrai que pour les hexagonaux, c’est un vrai voyage à préparer, avec un vrai budget. Montreux est a 4h30 de Paris par le TGV et les hôtels ne sont pas vraiment bon marché. Mais l’aventure vaut le coût et rien ne vous empêche de faire un peu de tourisme et de tenter de trouver des AirBNB pas trop cher. On compte bien vous retrouver là-bas l’année prochaine et pour nos amis suisses soyez sûrs que ce ne sera pas la seule incursion du Gwak dans votre beau pays.

On laissera le dernier mot à David Heim, organisateur et fondateur du festival Polymanga au travers de cette interview exclusive.

Gwak : Quelle a été votre motivation pour créer un tel événement ?

David : Cela faisait hyper longtemps que je bossais dans le milieu de la pop culture, du jeu vidéo, du manga et de l’animation japonaise. J’avais commencé quand j’avais 14 ans, en découvrant internet comme beaucoup d’adolescents, en 1998. J’avais repéré un site suisse de jeux vidéo qui venait de se créer : « Power3D.com ». Je le trouvais sympa du coup j’envoyais des news à la rédaction pour quelle les publie. Une fois, en une journée je leur en avais envoyé 30, le responsable du site m’envoya alors un mail pour me dire que je faisais partie de l’équipe –rires-. Le site n’était là que depuis 3 mois, j’ai donc rejoint la rédaction à ses tout débuts. Ensuite ses fondateurs sont partis, mais j’ai continué de le développer, il est ainsi devenu le plus gros site de jeux vidéo en Suisse. On demandait des exemplaires de presse, mais les éditeurs n’avaient aucune idée que l’on avait 14 ans, car on écrivait des articles d’une page relativement bien écrits et ils nous faisaient une totale confiance. Je suis resté sur les jeux vidéo jusqu’en 2001 et ensuite je suis passé à l’animation japonaise pour des questions de rentabilité de temps. Me retrouvant plus ou moins tout seul sur le site, la critique d’animé était beaucoup plus simple et rapide à exécuter. Là où une critique de jeu vidéo mettait une journée à être écrite, avec un intéressement du public durant une semaine, la critique d’un DVD se faisait en 4 heures, avec un intérêt de plusieurs mois. Le rapport entre travail et efficacité m’a fait changer de voie au niveau de l’écriture. À l’époque, j’écrivais aussi des traductions de logiciels, on traduisait des émulateurs de l’anglais au français, évidemment sans les ROMS.

C’est tout ce que je faisais jusqu’en 2003 et le projet a commencé en 2004. Après deux ans d’école de communication et de management pour rassurer mes parents. J’ai donc lancé le projet Polymanga en sortant de l’école, j’avais 21 ans.

Gwak : Il y avait quel objectif ?

David : C’était déjà de pouvoir partager ma passion de toujours et j’ai toujours voulu aller au-delà des choses. Juste m’amuser avec un jeu vidéo ne me suffisait plus, j’ai ressenti le besoin de voir l’arrière du décor en les testant…

Gwak : Vous avez donc créé Polymanga dans l’objectif de partager votre double passion du jeu vidéo et du manga.

David : Exactement : Du Jeu vidéo, du manga et de la Pop culture. On ne peut pas s’en sortir sans être passionné. Je me souviens d’avoir fait d’autres festivals de manga, comme Japan Expo, mais je ne retrouvais pas ce que je voulais.

Gwak : Qu’est-ce qui manquait ?

David : La convivialité, le côté souriant et bienveillant. Ce n’est pas du tout pour critiquer Japan Expo, mais je ne le retrouvais pas. Pour moi, le ratio entre stand et activité n’était pas bon non plus. Je pensais qu’il devait y avoir plus d’activités que le nombre de stands de vente. En tout cas c’était ma réflexion. Je me souviens très bien qu’à l’époque j’avais ma petite présentation sous pochettes plastiques en annonçant que je voulais monter Polymanga en Suisse à Japan Expo et quasiment tous les stands m’ont dit : « cela ne marcherait jamais ce n’est pas possible ! »

Gwak : Pourquoi je ne suis pas étonné.

David : Je me souviens qu’à l’époque l’ancien patron d’IDP* m’avait dit : « non, ce n’est pas possible, en plus le week-end de Pâques, vous êtes fous »

Gwak : du coup, est-ce que cette première a fonctionné ?

David : Ca été un carton immédiat. Mais j’ai pu la mettre en place, car j’avais l’expérience et les éditeurs avec moi. En gros je ne commençais pas de zéro en réalité je faisais simplement un transfert de compétences entre la rédaction et l’évènementiel. Cette première édition je l’ai faite à l’EPFL**, car en 2004 au moment de la rédaction de mon concept j’avais un ami qui y étudiait, je me suis donc dis pourquoi pas. On a donc fait un consortium pour que ce soit dans les règles avec l’école, en gros une association avec 50% de privé et 50% de public.  

Gwak : Est-ce que vous avez eu des difficultés à monter ce projet ?

David : Les premières années de Polymanga j’avais beaucoup de mal à déléguer, j’ai toujours été un touche à tout, je veux tout contrôler tout faire, tout voir. Cela n’a pas tellement changé, mais je n’ai plus trop le choix. Lors des premiers événements Polymanga, je ne dormais pas, à tel point qu’une fois je n’avais pas dormi durant 3 jours. À la fin de ma dernière conférence, je décide de rentrer en voiture, ce qui était une mauvaise idée vue que je faisais des hallucinations visuelles en conduisant. En me couchant vers 20h je me suis levé vers 16h le lendemain.

Gwak : Vous êtes passé de l’EPFL** de Lausanne à Palexpo*** puis à Montreux. Pourquoi ce choix ?

David : La seconde année, l’EPFL** ne voulait plus de la partie privée, on a dû repartir de quasiment zéro. Je repartais avec le concept et le nom a Palexpo*** de Genève où le succès fût encore plus retentissant, mais j’avais dû réorganiser l’évènement en 3 mois. Le succès amenant la convoitise on a eu de grosses pressions de la part du Salon du livre, qui était alors un des plus gros salons à Palexpo***. Ils voulaient nous intégrer à leur manifestation, il nous fallut donc partir. Il en était hors de question, on tenait à notre indépendance. L’année suivante je suis parti à Beaulieu à Lausanne en 2007. En 2012 on arrivait à saturation dans notre centre de congrès, on avait l’option d’avoir une nouvelle halle ou de chercher un nouvel endroit. À ce moment-là, Montreux nous a fait une offre très attractive. On est donc parti en 2013 au 2M2C qui avait 50% de surface supplémentaire. Pourtant aujourd’hui même avec 18 000 m2 on arrive à saturation.

Salle Beaulieu de Lausanne

Gwak : Du coup vous cherchez à vous implanter ailleurs ?

David : Là on a choisi de s’étendre autour du centre de congrès, c’est pour ça qu’on a mis en place le bateau, aménagé le centre commercial et la ville.

Gwak : Comment s’est passé le partenariat avec la CGN**** ?

David : J’aime Montreux, c’est en cherchant une alternative au déménagement du festival qu’il m’est venu l’idée d’ajouter un bateau au 2M2C. Ce qui permet d’avoir moins de monde dans le centre de congrès, ce qui a des effets très bénéfiques sur la circulation durant le festival.

Je les avais contactés les autres années, mais ils étaient moyennement chauds. Mais cette année, j’ai reçu un coup de fil d’un pote de l’armée qui s’avère être le nouveau responsable markéting de la CGN. Ce qui a permis de faire le premier lien, comme on se faisait déjà confiance à l’armée, cela nous permit de bien développer le projet. Je pense que cela n’a pu se faire que grâce à lui, car il avait une oreille attentive et savait ou on allait.

La vue du bateau

Gwak : J’ai eu des retours d’invités qui me disaient que le festival est fantastique, qu’est ce qui fait la différence ?

David : C’est plus ou moins ce que je ne trouvais pas dans les autres manifestations et que j’ai mis en place dans le festival : l’accueil et le côté chaleureux et convivial. Avec évidemment le cadre qui fait aussi la différence. La passion aussi, mais il faut de la passion pour monter un festival et je suis loin d’être le seul passionné à en organiser.

Gwak : J’ai aussi interrogé des bénévoles et ils me donnent à peu près le même son de cloche. Ils sont très heureux d’être ici et qu’ils reviennent avec plaisir. Quel est le secret ?

David : On a plus de 300 bénévoles, la différence avec la France est que l’on a le droit d’en avoir.

Gwak : Ce serait donc grâce aux avantages en nature que la législation française interdit ?

David : Ici ils ont l’hébergement, la nourriture sur place, des places gratuites pour leur famille, des T-shirts et une soirée spéciale staff que l’on organise après le festival pour les remercier.

Gwak : Qu’est-ce qui vous demande le plus de temps à organiser entre chaque édition ?

David : En fait chaque année je fais en sorte d’avoir de nouvelles idées et de nouveaux concepts. Comme cette année avec le concours de danse Fortnite, on s’est fait défoncer sur Twitter, mais au final la salle était pleine à craquer. Ce qui prend le plus de temps c’est de trier les nouvelles idées et de les réaliser ensuite. Chaque année je lance 3 à 4 nouveaux concepts sur Polymanga, ce qui prend beaucoup de temps, mais ce qui évite au festival de se replier sur lui-même en se regardant le nombril. Comme D.I.A.N.A. la coprésentatrice virtuelle du festival, qui est un projet inventé de A à Z.

Gwak : C’est arrivé quand d’ailleurs ? Est-ce que vous pourriez nous en parler un peu plus, comment cela s’est fait ?

David : D.I.A.N.A. est issue du manga que j’écris avec Dara depuis 2013 qui s’appelle 8-options, j’en ai fait 500 pages, c’est un manga gratuit et participatif sur internet. Chaque mois on permet aux gens de choisir entre deux suites et le 8-options correspond à l’ infini. On a demandé aux lecteurs quel est leur personnage préféré et D.I.A.N.A. est revenue largement. Dans les mangas elle a le rôle de l’interface utilisateur de 8-options, une héroïne virtuelle à l’image de Cortana ou Siri.

J’ai d’abord cherché en France et j’ai eu toutes les peines du monde à trouver un modélisateur. Je le dis avec des pincettes, car cela correspond à mon expérience personnelle, je ne pense pas que ce soit une généralité. J’avais un budget conséquent pour la réalisation, mais quand je suis allé voir les développeurs français, même ceux qui en avaient besoin, on a essuyé des refus, car ils n’étaient pas à l’origine du projet. Apparemment les commandes sont très mal vues auprès des développeurs en France. Du coup, je suis parti au Canada avec mon projet et il a été très vite accepté.

Au final c’est un des amis de Dara, un des principaux designers de Oban Star Racer, qui a développé D.I.A.N.A. quasiment tout seul.

Gwak : Polymanga est devenu incontournable en Suisse avec plus de 41 000 visiteurs l’année dernière, qu’est-ce qui attire les festivaliers ?

David : Comme je disais l’ambiance vraiment conviviale et bon enfant. J’ai une volonté pour le festival : pas d’alcool et pas d’érotique. J’ai envie que les parents puissent envoyer leurs adolescents à Polymanga en ayant l’esprit tranquille. Polymanga c’est aussi de la pop culture, mais pas uniquement Japonaise, du manga, de l’animation et du jeu vidéo. On jauge les différents éléments chaque année et d’une année sur l’autre ces éléments se retrouvent dans de différentes proportions pour trouver un équilibre.

Gwak : On nous a signalé aussi qu’il n’y a pas du tout de contrefaçons sur le festival, comment y êtes-vous parvenus ?

David : Ça, c’est le travail de ma vie ! La lutte de ma vie ! Depuis le départ j’ai toujours lutté contre la contrefaçon, car ce n’est pas juste. Je contrôle donc tous les exposants, avant, pendant et après le festival pour m’assurer de leur absence. Je me suis déjà fait avoir, mais avec le temps j’apprends. En faisant quelques exemples, en virant manu militari des stands qui changeaient leurs étals pendant le festival. Il y a une devise à propos de moi : Dieu pardonne, pas David ! Hahaha

Gwak : Est-ce que vous continuez à jouer aux jeux vidéo ?

David : Oui ! J’adore ça !!! hahaha

Gwak : Quels sont vos jeux préférés ?

David : En fait, je suis un des plus gros collectionneurs en Europe de Super Robot Taisen, j’ai une collection d’à peu près 400 objets. On s’est mis d’accord avec ma femme, tous les jeux et le merchandising, mais pas les figurines. Hahaha

Gwak : Vous jouez à quoi en ce moment ?

David : Malheureusement ça fait bien un mois que je n’ai pas touché une manette à cause du travail. Mais j’ai Super Robot Taisen T en version asia en ce moment et évidemment Valkyria Chronicle. Ca a d’ailleurs été un crève-cœur qu’il ne se vende pas suffisamment sur PlayStation 3, alors que le jeu est fantastique. Comme ils se sont pris une tôle, les suites sont sur PSP et sur la portable la maniabilité n’est pas la même, mais j’ai été très enthousiasmé de la suite sur PlayStation 4. Dès que Polymanga est fini, je me fais un mois de gaming pour tout rattraper !

Gwak : Merci beaucoup, ç’a été un plaisir !

David : Moi de même !

*IDP : Editeur d’animés en France.

**EPFL : Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne.

***Palexpo : Palais des expositions et des congrès de Genève.

****CGN : Compagnie générale de navigation sur le lac Léman.

Pour en savoir plus, connectez-vous sur le site officiel : https://www.polymanga.com

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Dataripper

Rédacteur en chef à ses heures, ce maitre rôliste 3e Dan distille la bienveillance nécessaire au bien-être du groupe. Jamais avare d’un bon mot, il dégaine sa plume.

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