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Cyberpunk 2077 ! Cyberpunk outragé ! Cyberpunk brisé ! Cyberpunk martyrisé ! Mais Cyberpunk patché !

Jeu enfanté dans la douleur l’année dernière, CD Project Red a été la victime de multiples maux qui ont plombé sa sortie. Cette super production est l’héritière d’un jeu de rôle sur table qui se voulait le parfait chantre d’un genre de fiction qui dénonce les dérives du capitalisme libéral avec les Punks en seul espoir de l’univers. Ce message est-il encore pertinent en 2020 ?

On ne va pas refaire la guerre, mais pour ceux qui n’auraient pas suivi, au moment de sa sortie le jeu était farci de bugs et autres problèmes sur les consoles de la génération précédente : PlayStation 4 et Xbox One. Il en était d’ailleurs quasi injouable ; plus de six mois après et de multiples patchs plus tard, sur Xbox One X il est enfin correct !

C’est parfaitement jouable en quad HD, les bugs sont rares et l’on se surprend à se dire que le jeu aurait dû arriver dans cet état au mois de décembre. Notez bien que cela ne concerne que la version One X et les dernières évolutions des consoles de Sony et Microsoft, pour les consoles Fat n’hésitez pas à nous partager votre expérience en commentaire.

Does God Want Everyone In Heaven?

Reprenons, car la première approche du jeu se révèle ultra efficace, si l’origine du personnage n’a que peu d’influence sur la narration, c’est l’esthétique qui souffle au premier abord. La ville est sublime, entre ombre et lumières, Night City s’offre à nous telle que l’on ne pouvait l’imaginer à la lecture des livres. L’ambiance aussi est là, la dépravation côtoie le luxe des appartements du centre-ville. Mais ce n’est pas tout, les rues ne sont pas sûres et des fusillades éclateront régulièrement à vos pieds et libre à vous de vous joindre aux réjouissances. Le jeu vous invite de la plus belle des manières à découvrir les secrets que cache son faste et sa crasse.

On ne vous divulgâchera pas l’intrigue, mais les joueurs du JDR papier retrouveront leurs marques rapidement sur le plot principal. C’est très finement joué de la part de l’équipe de scénaristes et une très bonne surprise. On notera tout de même que l’on pourra finir le titre rapidement si on se concentre uniquement sur le scénario principal et vous passerez à côté des missions secondaires qui pour certaines sont bien mieux écrites. C’est tout de même regrettable, car au final il aurait été simple d’inclure certaines de celles-ci au flot principal pour donner plus de corps à l’aventure. Ici on a vraiment l’impression que c’est décousu tant les quêtes annexes sont nombreuses et on ne sait jamais à l’avance si elles apporteront quelque chose. Comme dans tout jeu en monde ouvert on croule sous les activités et autres quêtes, certaines tiennent d’ailleurs plus du remplissage. On trouvera aussi une grande partie de l’histoire de l’univers dans des mémos éparpillé ici et là. Si vous ne connaissiez pas l’univers avant de jouer, il est hautement conseillé d’en lire au moins une partie.

Le système de jeu est à la fois réjouissance et déception. Si on peut noter les efforts pour apporter de la variété et de la richesse, il restera très simple et ses limites se feront sentir rapidement quand vous obtiendrez des capacités qui casseront le jeu a l’image du double saut ou des armes intelligente. Là où le bât blesse vraiment, c’est pour le cyberware, qui vous l’avouerez devrait être central. On s’augmente comme si on allait à la poste, pourtant sur le JDR de table, tout implant avait une incidence, surtout passé un certain stade. En fait, ils partaient du principe qu’en modifiant votre corps on altérait notre perception du monde, au fur et à mesure on devenait totalement asocial au point de développer une Cyberpsychose. Non content d’avoir « oublié » ce point, la psychose est devenue quelque chose de limite surnaturelle, là où avant une visite chez un psy nous confortait sur notre atteinte profonde. 

Smoke and mirrors

Si pour vous on ne doit pas mélanger la politique et les loisirs, vous serez servi. L’univers a été expurgé du message des années 80 pour n’en garder que l’imagerie nostalgique d’une époque. Faisant même ressurgir un soleil qui dans les descriptions des manuels d’origines avait disparut et nous assuraient que la nature s’était retournée contre l’humanité qui se battait contre elle à force de pollution. Ici le parasite est l’Humain, une vermine qui ternit l’image d’Épinal que les artistes ont modélisé avec grand talent.

À l’origine le Cyberpunk était là pour nous prévenir de ce qui pourrait se passer, si on ne réagissait pas à la politique des chantres du libéralisme. Ce jeu démontre notre acceptation servile de ces dérives et en cela il n’est pas très éloigné de la réalité. Johny Silverhand fait office d’anomalie, un résidu du passé qui refuse à jamais de se soumettre.

Tout n’est que Bling bling, le paradis du paraitre qui tue l’être. L’environnement est ultra violent, fusillades et règlements de compte jonchent les rues qui dégueulent un flot incessant de passants sans âme. Rarement un jeu n’aura dépeins un univers aussi proche du notre, pourtant il y a quelque chose de révoltant là-dedans. À tous les moments, on voudrait crier et refuser ce statu quo, mais le récit nous l’interdit, faisant par la même passer Johny pour un beatnik arrogant, au discours sans fond courant vers un passé qui n’existera plus jamais.

Il est incompréhensible, malgré le grand talent des artistes qui ont contribué, d’avoir un message aussi pessimiste. La morale de l’histoire est de faire sa vie de manière égoïste, en pensant à soi, tout en manipulant les autres pour arriver à ses fins et ce n’est pas les nomades qui donneront le cœur qui manque à l’œuvre.

Tous les ingrédients qui faisaient de Cyberpunk un univers majeur se sont affadis avec le temps. La réflexion sur l’humanité est balayée, la rébellion explosée et par la même nos illusions.

En réfléchissant bien à l’aventure que l’on vient de passer au bout de plus de 60 heures, l’expérience était plaisante, mais en rien enrichissante. À aucun moment on ne nous demande de réfléchir sur soi ou l’univers. Le système est générique et l’IA des adversaires au mieux discutable. C’est un bel édifice un peu vide que l’on parcourt avec le plaisir des yeux et de la découverte de certaines personnalités très finement écrites. La déception est réelle, mais n’écoutez pas les oiseaux de mauvais augure qui vous chanteront à coup sûr les louanges de bugs ou de sexs toys que vous ne croiserez jamais.

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Dataripper

Rédacteur en chef à ses heures, ce maitre rôliste 3e Dan distille la bienveillance nécessaire au bien-être du groupe. Jamais avare d’un bon mot, il dégaine sa plume.

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2 commentaires

  1. Belle écriture, et belle analyse de l’univers de CyberPunk, simple, clair et concis, c’est l’article le plus intéressant que j’ai lu sur le sujet. Je ne vais toujours pas y jouer et encore attendre un an, mais beau papier ^^

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