Culture

Le chant du loup : La critique du film

Depuis l’année dernière, les films à gros budget français, défilent et ayant grand mal à convaincre. Aujourd’hui, c’est au tour d’Antonin Baudry de nous proposer sa formule, pour son premier film. Réussira-t-il où tous les autres ont échoué ?

Film de guerre mettant en scène la marine française et surtout le corps des sous-mariniers. On assiste en ouverture au sauvetage de quatre soldats anonymes, avec une mise en scène rarement vue au cinéma français. Malgré les incohérences circonstancielles et un tir de flingue sur le lance-roquette pour le débloquer, on est tout de suite happés dans l’action. Ça tire dans tous les sens, les moments de bravoure sont soulignés avec dynamisme. Mais c’est bien le seul moment à sauver. La suite du film sombre dans la mièvrerie de la vie de tous les jours du héros. Quant à la troisième partie, elle lorgne carrément avec « Uss Alabama » l’excellent film de Tony Scott,  mais sans le génie. Tout en se trainant un casting digne des plus grands, mais au jeu des plus médiocres.

Il est dommage de constater qu’en France, les scénarios soient toujours affublés des mêmes stigmates. Entre blagues vaseuses et filles qui couchent le premier soir. Car vous le savez bien : la french touch. Pourtant cela n’empêche pas le film d’être un ersatz de blockbuster hollywoodien, allant même jusqu’à singer leurs happy ends.

Il ne manquait pas grand-chose pour que le film soit mémorable, mais il est resté intimiste et sans envergure. Comme s’il fallait que les héros restent les humains, les héros du quotidien entre gilet jaune et militaire. On aurait pu avoir des réflexions sur le futur des guerres, la géopolitique ou encore la fin du monde. Il était à deux doigts de devenir le Docteur Folamour moderne. Mais non, on loupe le coach pour rester dans un film français avec pour décors les sous-marins. Il est à parier que l’on aurait pu avoir le même film en milieu pompier ou policier. C’est passe-partout et finalement sans saveur.

En plus de cela, on se prend en pleine face les incohérences du cinéma à gros budget qui préfère privilégier les belles images et les violons. Les paliers de décompressions ne sont pas respectés, la Russie laisse passer les missiles intercontinentaux au-dessus de leurs têtes sans rien faire. Que dire aussi des cabotinages d’un Omar Sy en roue libre ? Blagues déplacées et texte à peine récité. Pour peu que l’on soit un peu attentif à ces détails, vous aurez l’impression d’assister à un énorme gâchis. L’écriture du scripte aussi a du plomb dans l’aile, depuis quand les officiers se tutoient pendant le service ? Les distances sont ici mesurées en kilomètre au lieu des nautiques. Puis bon, comment ne pas rigoler au mélange insipide de conflits avec la Russie, l’Iran et le Jihad.

Il est étonnant d’ailleurs de constater que le scénario est signé par le réalisateur Antonin Baudry, qui dans une autre vie était conseiller en stratégie et prospective auprès de Dominique de Villepin. On a du mal à discerner son expertise ici, toute l’écriture est incohérente et inconsistante. Quant à la direction des acteurs, quand on voit les scènes qui ont été gardées pour montage final, on a aussi du mal à y voir un grand talent de direction. De la part d’un homme à la vie et la formation aussi riche on était en droit de s’attendre à un peu plus de subtilité, malheureusement il a du mal à se hisser au-dessus de la mêlée ou à se débarrasser des scories du cinéma tout public.

Que l’on soit bien d’accord par contre à aucun moment vous ne vous ennuierez. L’action est bien menée et les effets spéciaux superbes. Chapeau bas aux décorateurs pour l’occasion, même si à un moment on croirait être dans le Nautilus.  Beaucoup de scènes ont été tournées dans des décors naturels, à savoir dans de vrai sous-marin. On soulignera bien évidemment l’image particulièrement soignée de l’ensemble.

À la rédaction on vous conseille évidemment de le regarder pour vous faire un avis sur ce « renouveau » du cinéma français. Sachez tout de même qu’il manque d’ambitions marquées et lorgne trop outre-Atlantique pour être vraiment efficace. Sans compter la mise en avant bien évidente de notre armée pour en faire l’héroïne d’un scénario inconsistant, mais bougrement chauvin.

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Dataripper

Rédacteur en chef à ses heures, ce maitre rôliste 3e Dan distille la bienveillance nécessaire au bien-être du groupe. Jamais avare d’un bon mot, il dégaine sa plume.

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