Culture

Belle de Mamoru Hosoda

J’aurais pu demander à mon voisin de fauteuil et camarade habituel de critique (Snakii) de venir défendre Keanu et le fait que Matrix Resurrections n’est pas la purge décrite par tous les maniaques du « c’était mieux avant (j’étais moins aigri) », mais l’esprit de Noël me tient bien. Du coup j’ai vu que Jin Kim, habitué à cracher du design pour le grassouillet Disney, avait collaboré au côté de Mamoru Hosoda afin de nous sortir une princesse à mi-temps dans un monde désenchanté – ce qui m’a enchanté.

Après Mirai, ma petite sœur, Mamoru Hosoda et le Studio Chizu reviennent pour une modernisation du conte de la Belle et la Bête connectant le monde réel à un univers virtuel nommé U. Ce dernier est devenu très populaire à travers le globe et parvient jusqu’au smartphone de Suzu, une jeune fille en pleine quête identitaire. Grâce à ses compétences en chant, notre héroïne gagnera en popularité sous les traits de son avatar nommé Bell et devra apprendre à se confronter à tout un panel d’opinions allant du ragot rabaissant aux encouragements chaleureux. Ryû, un utilisateur réputé violent, surgira avec fracas dans la vie de Bell. Cette dernière tentera alors de découvrir ce que cache ce trouble-fête tant décrié au point d’être pourchassé afin que son identité soit exposée aux yeux de tous.

OZ, le réseau social connectant pour le meilleur différentes générations d’individus dans Summer Wars, fait pâle figure face à celui représenté pour Belle. U a l’apparence d’un espace urbain futuriste gigantesque dont la limite semble insondable. C’est dans cette ville surchargée d’immeubles que le Studio Chizu va multiplier les fulgurances visuelles, dépeignant tantôt un univers où toute expression est possible, tantôt une cité numérique devenue un terrain de chasse saturé de commentaires anonymes et intrusifs. La masse d’utilisateurs premièrement présentée comme festive révèle rapidement son acceptation d’une morale malléable au prix d’une distraction sans opposition.

Le concept même de U est une mise en avant du fait qu’internet est devenu un bassin accueillant un bouillon socio-culturel s’imprégnant du monde réel et impactant réciproquement ce dernier via l’affect et la psychologie de l’utilisateur. Enchaînant les transitions parfois brouillonnes d’un univers à un autre, Hosoda s’assure que Suzu et Bell n’échappent pas à ce cycle d’influences. Pour le réalisateur japonais, c’est l’occasion de mettre en lumière les diverses dérives et opportunités que peuvent provoquer la désinhibition des comportements sur les réseaux sociaux et leurs conséquences dans le monde réel.

Avec Belle, Mamoru Hosoda appelle à la bienveillance de tout à chacun. Il s’agit d’un film d’animation d’une grande beauté qui exploite habilement les thématiques liées au pseudonymat sur les réseaux sociaux ; une thématique d’autant plus importante depuis que les divers confinements ont participé à générer une augmentation des cas de cyber-harcèlement.

En salle depuis le 29 décembre.

Source des images : press kit

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