Culture

Last night in soho – remède contre la nostalgie

Après Baby Driver, Edgar Wright marque son retour en salle le 26 octobre avec Last Night In Soho. Filmant en Angleterre, plus particulièrement dans le quartier de Soho à Londres, connu pour sa vie nocturne et son passé sulfureux.

Eloise, une jeune femme extralucide et amoureuse des années 60, aspire à devenir une créatrice de mode. Elle quitte sa campagne anglaise afin de poursuivre ses études à Londres. Déstabilisée par la frénésie citadine, Eloise ne parvient pas à trouver sa place sur son campus universitaire. Au cours de sa recherche d’appartement, elle parvient à trouver le lieu parfait pour elle dans le quartier de Soho. Derrière ses apparences d’appartement idéal se révèlent être un lieu chargé d’histoires. Plongée dans les années soixante, Eloise se retrouve dans la peau de Sandie, une chanteuse de cabaret, cherchant à devenir une star. Les deux femmes découvriront ensemble que les apparences sont trompeuses et que le monde dans lequel elles évoluent est bien plus sombre qu’il n’y paraît.

Universal Pictures

Edgar Wright met davantage derrière lui la célèbre trilogie Cornetto, mettant partiellement de côté l’aspect comique de sa mise en scène pour une direction aussi rythmée et plus sérieuse. Cependant le mélange de genres cinématographiques propre à Wright ne fonctionne pas aussi bien que dans ses anciennes productions. Si les éléments d’horreur et de thriller apportent une seconde lecture, les parties les plus ancrées dans le teenage movie manquent de profondeur. Les problématiques actuelles autour du sexisme sont survolées. Cela dit, Wright et Kristy Wilson-Cairns (ndlr : Scénaristes de Last Night in Soho,) voulaient plutôt apporter une réflexion sur l’esthétisation des périodes passées par le biais de la création de l’histoire populaire commune avec les produits culturels et l’oubli des problématiques sociales, mettant en avant une tendance actuelle à la création d’une nostalgie fantasmée, détachée du vécu de la période. Le sexisme est principalement utilisé comme un outil pour casser l’image lissée et surfaite des années 60. Pour conclure, il est évident que la partie teenage movie est un cadre temporel pour l’intrigue cherchant à faire un lien entre le spectateur de 2021 et sa relation avec la nostalgie pour les représentations culturelles du passé. 

Wright ne change pas de fusil d’épaule en termes de réalisation, même si le ton change dans ce film par rapport à Baby Driver ou à d’autres productions antérieures, le réalisateur ne délaisse pas ses codes aux sonorités pop, amusantes et rythmées. On retrouve parfaitement la patte du réalisateur de la célèbre trilogie Cornetto. En effet le réalisateur joue une nouvelle fois avec le rythme en utilisant des artifices de montage pour dynamiser l’ensemble. Tous les plans courts que l’on retrouve dans les séquences dans le bar comme les plans d’insert en détail sur les tireuses à bière actionnées par l’héroïne font écho au passé de Wright, à son style de montage et de mise en scène, riche en comédie et en action. Mais dans Last Night in Soho c’est spécifiquement quand il doit exprimer des scènes de thriller et d’exaltation du paranormal que le cinéaste utilise d’autres méthodes et éléments cinématographiques..

Wright ne fait pas que reproduire son style si reconnaissable. Aidé de l’expérience du directeur de la photographie Chung-Hoon Chung , ayant fait ses armes sur les films du très célèbre cinéaste coréen Park Chan Wook comme Old Boy ou encore Mademoiselle; le réalisateur britannique permet au film de reprendre l’identité visuelle d’un autre genre cinématographique, rendant ainsi un  hommage au cinéma d’exploitation italien aussi connu sous le nom de Giallo. Last Night In Soho brille par sa photographie impeccable et son travail sur la couleur. Inspiré par la photographie des films de Mario Bava ou encore Dario Argento. Le film joue avec des nuances de couleurs fortes, plongeant les personnages et les décors dans des bains de couleurs tels que le rouge ou le bleu, marquant ainsi le film d’une imagerie forte, surtout dans les séquences de manifestation des éléments fantastiques. La séquence de dénouement de l’intrigue, véritable apothéose visuelle, en est un très bel exemple.  Cet esthétisme coloré propre au Giallo tranche catégoriquement avec l’ambiance dans les séquences contemporaines ce qui marque fortement la fracture entre le paranormal et le normal. 

Universal Pictures

Le film réussit à retranscrire cette esthétique si particulière appartenant au Giallo, permettant au spectateur de se plonger dans cette ambiance, dans des décors somptueux, le tout accompagné par une compilation de musique des années 60, très efficace.

Techniquement c’est un film assez remarquable, le rythme, le travail sur la couleur, tout montre que Edgar Wright est un très grand réalisateur qui à encore des ressources et qui est capable de mettre son style, sa patte dans l’œuvre tout en effectuant un travail de citation en reprenant le style de photographie du Giallo. 

Wright par sa réalisation continue encore de nous surprendre.

Critique rédigée par Mara et Snakii94

Droits des images : Universal Pictures

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