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Persona 5 Strikers – Frappé en plein coeur

par Advenae

Ces dernières années, Omega Force nous a proposé bon nombre de variations sur la formule du musô propre à sa série Dynasty Warriors en travaillant sur des licences bien connues, parfois avec succès en exploitant les particularités de la franchise (Dragon Quest Heroes, Attack on Titans), parfois en restant très classique et dans le musô bien gras (Berserk : Band of The Hawks, One Piece Warriors). La série de RPG Persona, développée par P-Studio, mélange entre un animé débordant de style et les travaux de Carl Gustav Jung sur la psyché humaine, a quant à elle su ravir le cœur du grand public avec son dernier épisode. Avec ce mariage inattendu, les Voleurs Fantômes ont-ils perdu de leur superbe ?

Un amour de vacances, une histoire sans lendemain ?

Suite canonique se déroulant quelques temps après la fin de Persona 5, nous retrouvons nos héros sur le point de partir en vacances pour un road trip à travers le Japon. Mais alors que de nouveaux phénomènes similaires à leur dernière aventure se déclarent dans tout le pays, les Voleurs Fantômes sont à nouveau pointés du doigt. Joignant l’utile à l’agréable, ils décident donc, sous la pression d’un étrange mais sympathique policier, de percer le mystère de ces nouvelles crises, trouver le coupable et laver leur nom mais sans oublier de profiter de l’instant. Les vacances, c’est sacré.

Autant vous prévenir tout de suite, il est difficile de conseiller P5S à quelqu’un n’ayant pas participé à P5 ou sa version Royal. Le nouveau venu arrivera dans un groupe déjà soudé, qui n’hésitera pas à faire référence aux aventures passées. Certes, certains principes de base de l’univers vous seront expliqués mais on ne saurait trop vous conseiller de vous pencher sur son prédécesseur, si en tout cas le point de vue scénaristique vous intéresse.

Dans ses thématiques et ses réflexions, P5S est toujours aussi pertinent et contemporain, mettant nos adolescents un brin moins naïfs que précédemment face à des adultes pervertis par leur désir. La société et l’être humain en prennent pour leur grade, on se penchera tour à tour sur l’influence des réseaux, le plagiat ou encore la corruption politique. Le jeu reste très scénarisé, verbeux mais agréable à suivre, car accompagné d’une traduction française de qualité ; rarement on aura vu un musô affublé d’un scénario de si bonne qualité. Mais quid du gameplay me direz-vous ?

Musô mais pas trop

On pourra résumer le gameplay de P5S en deux phases. Tout d’abord les donjons, ici appelés Prison, où vos héros auront pour objectif de retrouver le Désir, un objet lié intimement à l’antagoniste qui règne sur les lieux. Les ennemis sont, à première vue, peu nombreux sur la carte, mais comme dans les Palais de P5, vous aurez le choix d’attaquer furtivement ceux-ci en leur arrachant la face, libérant une multitude de Personae à combattre, et gagnant une attaque générale dès le début du combat ; vous pouvez également tout simplement foncer dans le tas pour les faire apparaître. Attention, car si vous vous faites repérer, une jauge d’alerte se remplit vous empêchant d’accéder à certains coffres. Les personnages en combat sont vifs, parfois un tantinet trop, et comme dans les ténors du genre, une variation de coups sur deux boutons vous permettra de sortir divers combo, certains à débloquer à force de bastonnade. L’originalité ici, ce sont les Personae, incarnation de l’esprit de rébellion des héros, qui prennent la forme de différents mythes et héros du monde ésotérique, religieux et littéraire. Leur utilisation met l’action en pause, vous permettant d’utiliser diverses magies ; élémentaires, de soins, de fortification, en consommant des SP ou des capacités physiques où vos HP seront mis en gage et récupérés si vous réussissez votre coup. Même si comme dans l’original, la gestion de vos SP est toujours cruciale , on trouve ici plus facilement de quoi se réalimenter et l’on peut sortir de la Prison sans faire avancer le calendrier, contrairement à P5. Même à court, certaines combinaisons vous permettront de sortir les capacités élémentaires, très utiles pour briser les boucliers des Boss et vous donner l’opportunité d’une attaque en groupe. Les 4 personnages présents sur le terrain (9 au total) possèdent chacun une jauge de coup spécial libérant un finish qui se remplit à force de tatanes et l’on pourra utiliser certaines parties de l’environnement pour attaquer. Les combats sont donc intenses, non dénués de stratégies et l’on reprochera seulement quelques environnements couloirs n’aidant pas la caméra à se placer. On appréciera toujours la mise en scène des donjons, et le jeu tentera de diversifier son gameplay avec des phases de défense d’allié accompagnées de vagues d’ennemies et quelques énigmes simplistes. Rien de transfigurant mais une diversification bienvenue entre les combats se déroulant sur la carte.

La seconde phase, dans le monde réel, vous permettra d’acheter divers objets liés parfois au tourisme local et de faire quelques phases d’enquêtes, qui se résument à parler à un certain nombre de PNJ pour faire avancer l’histoire. Vous pourrez également cuisiner dans votre van, choisir des quêtes secondaires à remplir dans les donjons (de la chasse de Personae en passant par la récupération d’objet ou un boss à refaire en version énervé) et visiter la Chambre de Velours, là où vous pourrez fusionner vos Personae pour en créer de nouveaux et transférer leur capacité. On le rappelle, Joker peut contrairement à ses camarades utiliser plusieurs Personae, il sera donc important de choisir ses alliés. Le système est toujours aussi prenant et n’a que très peu changé par rapport au RPG originel.

Car globalement c’est là la force du gameplay de P5S, arriver à mélanger savamment les 2 univers, pour un résultat qui fera plaisir au fan de l’univers d’Atlus, et intéressera les joueurs de musö expérimentés en quête d’originalité. A noter que la version Switch reste fluide, en docké comme en portable mais en contrepartie les textures sont moins fines et les temps de chargement sont un peu plus long que sur les autres versions. On constatera également du popping, mais rien de rédhibitoire.

Le flacon aussi important que l’ivresse

On ne peut évoquer Persona sans parler de sa direction artistique et celle-ci sied fort à votre serviteur. Le travail de Shigenori Soejima sur les personnages est toujours aussi bien mis en avant, les menus transpirent la classe et le panache, mais à contrario les environnements dans les Prisons peuvent sembler un poil ternes. La bande-son quant à elle, composé par Atsushi Kitajoh, Gota Masuoka et Ayana Hira, est toujours ce mélange qualitatif de soul, de jazz et de rock, sublimé par la voix puissante de Lyn Inaizumi et des paroles qui ont su garder l’esprit rebelle (sans Michelle Pfeiffer), aussi bien pour les remix que pour les nouvelles pistes. A écouter sans modération.

« C’est un Mara ou t’es juste content de me voir ? »

Un peu des deux, c’est ce qu’on aura tendance à répondre à celui qui se questionne sur la nature de ce P5S. Une fusion réussie assurément, qui malgré quelques légers défauts offre une suite de qualité à son aîné que l’on n’attendait pas forcément en exploitant les forces des deux genres. On espère retrouver les Voleurs Fantômes dans un Persona 5 Arena ou pour d’autres aventures dans le futur. On y sera, même dans dix ans, même jour, même heure, même pomme.

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